samedi 5 avril 2008

COLLOQUE SUR LES FUNERAILLES INCULTUREES1

LES FUNERAILLES INCULTUREES COMME LIEU THEOLOGIQUE DE L'EGLISE FAMILLE DE DIEU1

PREMIERE PARTIE: REFLEXION THEOLOGICO-PASTORALE

I- ANTHROPOLOGIE ET ESCHATOLOGIE AFRICAINES

          Une première grande partie du colloque-atelier à tenir devra porter sur l'eschatologie africaine et la gestion de la mort(I).

          La vie prend sens à partir de la mort. Les sages penseurs de nos traditions culturelles ont été comme absorbés par la pensée de cette limite radicale. Ils ont créé toute une ritualité où est engagée une vision de l'homme qui est devenue le régulateur de base de l'existence humaine, individuelle, familiale et sociale.Une culture du mémorial ancestra s'est développée dans toutes les aires culturelles de l'Afrique. En son sein, nous trouvons le culte des ancêtres qui plonge ses racines dans l'eschatologie africaine.

II - RITUEL DES FUNERAILLES ET PROBLEMATIQUE D'INCULTURATION

          La quête radicale du sens de la vie à laquelle nos sociétés se sont toujours confrontées s'est traduite dans des rituels de funérailles autour desquels l'Eglise en Afrique rencontre en permanence les sociétés africaines et leurs cultures. Selon quelles modalités s'est effectuée cette rencontre jusqu'à ce que sonne l'heure de l'inculturation, notamment avec Vatican II et le 1er Synode pour l'Afrique? Il sera important de faire le point sur ces modalités:

          - Modalité de juxtaposition et mise en lumière de ce qu'elle signifie

          - Modalité de conflit et sa signification.

          - Modalité d'inculturation et sa signification

          Cette enquête à large spectre devra être conduite dans tout l'espace CERAO(II)

III - ORIENTATIONS DE l'EGLISE UNIVERSELLE ET DES RITES INCULTURES DES FUNERAILLES CHRETIENNES

          Quand l'enquête sera restituée comme 2è grande partie de la rencontre d'étude, s'engagera une réflexion sur les Instructions du Dicastère Romain pour le Culte Divin et les Sacrements. En possession de ces orientations sur les Sacrements et les Sacramentaux, le Colloque s'emploiera à la réflexion théologique sur les critères d'authenticité chrétienne catholique des rituels inculturés des funérailles chrétiennes.

          Cette 3è grande partie sera faite d'exposés de panels et d'ateliers. Il sera demandé aux Conférences Episcopales où sont à l'essai des rituels inculturés de funérailles chrétiennes d'exposer la théologie qui est mise à l'oeuvre dans ces rituels et d'en manifester la cohérence christologique et ecclésiologique interne comme premier critère. On montrera ensuite la cohérence avec la tradition de l'Eglise comme 2è critère. On établira en outre la pertinence culturelle et interculturelle de cette théologie à l'oeuvre dans le sacramental que sont les funérailles chrétiennes. La légitimité de ces inculturations conduites avec rigueur théologique s'attestera comme une appropriation de la Grande Tradition de l'Eglise Catholique par nos Eglises en exigence historique incontournable d'inculturation. Ces efforts d'inculturation ainsi caractérisés n'ont rien de commun avec les petites traditions, comme le prétendraient des Africains se voulant dociles à un rituel latin"universel" qui n'aurait nul présupposé culturel et n'aurait aucun besoin de réappropriation culturelle. En réalité, ces Africains qui discréditent les tentatives d'inculturation se classent dans la catégorie de ceux qui veulent juxtaposer les rituels, ce qui constituent le bouillon de culture de tous les syncrétismes.

          Pour une Eglise qui a entrepris de se construire comme Famille de Dieu, il est évident que nous nous trouvons ici sur le terrain d'un grand enjeu d'inculturation. En effet, la famille africaine qui se structure ici, dans l'ordre symbolique, n'est pas sans influencer toute théologie ultérieure de l'Eglise comme Famille de Dieu en Afrique. Les précisions catégorielles que nous mettons au point à ce niveau de notre culture décident du sérieux de l'oeuvre de l'inculturation que nous conduisons.. En quoi le sacrement et le sacramental se distinguent-ils? La constitution imaginaire de nos sociétés africaines qui est engagée dans ces débats d'anthropologie fondamentale est-elle indifférente à l'ordre sacramentel et sacramental où s'édifie l'ecclésiologie africaine de l'Eglise comme Famille de Dieu? L'anthropologie vécue de nos sociétés africaines au coeur  de l'épreuve de la mort est-elle sans importance pour notre ecclésiologie?

IV - QUELLES ORIENTATIONS PASTORALES POUR L'INCULTURATION DES FUNERAILLES CHRETIENNES?

          Quelles orientations pastorales donner pour la poursuite des efforts d'inculturation en matière de funérailles chrétiennes? Beaucoup disent qu'il faut laisser se vivre la diversité culturelle. Mais qu'entend-on par diversité culturelle dans un espace où le christianisme n'a pas encore opéré sa profonde démarcation de la culture et de la religion? Quand l'ordre symbolique de la culture est en génèse et mêle encore les eaux de l'une et de l'autre, la foi chrétienne n'a-t-elle pas le droit, voire le devoir d'apporter son éclairage? Ou est-ce trop tôt? Est-il permis de laisser purement et simplement se déployer sur le chrétien défunt la ritualité traditionnelle avec ses ambiguïtés magico-sorcières, parallèlement avec la ritualité chrétienne? Ne faut-il pas, en écartant tout le magico-sorcier et l'imaginaire de terreur qu'il charrie, assumer par le fond la ligne symbolique de crête en filigrane dans les multiples surdéterminations pour lui donner une forme chrétienne - ce que nous appelons précisément inculturation rituelle fondamentale? Ce faisant, n'est-il pas permis de proposer un tel rituel, débarassé de tout élément syncrétiste, à la concélébration avec des gestionnaires traditionnaires des funérailles, étant donné que les membres non chrétiens de la famille revendiquent devoir accomplir eux aussi des rites de piété filiale ou fraternelle envers le membre défunt, même s'il est chrétien?

          S'il est permis que les célébrants traditionnels jouent un rôle dans les funérailles d'un membr chrétien de la famille, c'est parce que, selon notre foi chrétienne, la multitude vue par le visionnaire de Patmos provient de toute langue, peuple et nation et que déjà, à la Pentecôte, la multitude présente à l'événement entendait proclamer chacun dans sa langue les merveilles de Dieu. C'est dire que les déterminations culturelles ne sont pas purement et simplement abolies mais constituent une richesse assumée en eschatologie. Il nous semble que les célébrants traditionnels des funérailles ont un rôle à jouer sur la base dune inculturation ainsi clarifiée.

          L'intégration dans la famille vivante dans l'au-delà, que le rite est censé opérer en faveur du défunt, se trouve être, dans le cas chrétien, pour qui s'accomplit le rite du passage qui est ici sa Pâque ultime, une intégration dans la communion des saints, dans la Famille de Dieu en rassemblement au coeur même de la Trinité Sainte.

V- DIMENSION MISSIONAIRE DE LA CELEBRATION DES FUNERAILLES

          L'Eglise Famille qui s'efforce de convertir sa culture et d'inculturer sa foi, est appelée en Afrique à voir, dans les grands rassemblements de familles occasionnés par la mort d'un être cher, un aéropage propice à l'annonce première du message pascal. Le sens des veillées funèbres doit être soigneusement établi en lien avec la veillée pascale du Rédempteur de l'homme. Il faut viser à faire des funérailles du chrétien l'occasion d'une semence de la Parole de Dieu qui portera ses fruits.

IIè PARTIE : CONFERENCES

1er Panel:

1.  Mgr SANON et Mgr LEZOUTIE: La problématique théologico-pastorale des funérailles chrétiennes dans ses dimensions majeures ou Evangéliser la mort africaine par des funérailles inculturées.

2. Anthropologie et Eschatologie Africaines

Père Nazaire DIATTA : Aire géo-culturelle du Sahel: Sénégal, Mauritanie, Cap-Vert

Père Bénoît PENOUKOU: Aire géo-culturelle de la Savane: Bénin Togo

Père Jean Sinsin BAYO: Aire géo-culturelle de la Forêt

2è Panel:

1. Père Pierre KABLAN: Les Instructions Romaines sur les Sacrements et Sacramentaux et leur Inculturation

Tentative d'inculturaion des Funérailles: Présentation Théologique du Rituel Inculturé

Père Bernard YANOOGO: Aire géo-culturelle du Sahel:

Père Edouard ADE: Aire géo-culturelle de la Savane

Père Jean-Baptiste AKWADAN: Aire géo-culturelle de la Forêt

Père Léon Diouf: La problématique de l'Eglise Famille de Dieu: bases anthropologiques les plus fondamentales

3è Panel:

Les Délégués des Conférences Episcopales de l'Espace CERAO: Enquêtes sur l'Etat des lieux dans chaque Conférence

Mgr Lucas Kalfa SANOU: Synthèse des Travaux/

4è Panel:

Mgr Jean Marie DIARRA: Dimension Missionnaire de la Célébration des Funérailles.

COLLOQUE SUR LES FUNERAILLES INCULTUREES1

LES FUNERAILLES INCULTUREES COMME LIEU THEOLOGIQUE DE L'EGLISE FAMILLE DE DIEU1

PREMIERE PARTIE: REFLEXION THEOLOGICO-PASTORALE

I- ANTHROPOLOGIE ET ESCHATOLOGIE AFRICAINES

          Une première grande partie du colloque-atelier à tenir devra porter sur l'eschatologie africaine et la gestion de la mort(I).

          La vie prend sens à partir de la mort. Les sages penseurs de nos traditions culturelles ont été comme absorbés par la pensée de cette limite radicale. Ils ont créé toute une ritualité où est engagée une vision de l'homme qui est devenue le régulateur de base de l'existence humaine, individuelle, familiale et sociale.Une culture du mémorial ancestra s'est développée dans toutes les aires culturelles de l'Afrique. En son sein, nous trouvons le culte des ancêtres qui plonge ses racines dans l'eschatologie africaine.

II - RITUEL DES FUNERAILLES ET PROBLEMATIQUE D'INCULTURATION

          La quête radicale du sens de la vie à laquelle nos sociétés se sont toujours confrontées s'est traduite dans des rituels de funérailles autour desquels l'Eglise en Afrique rencontre en permanence les sociétés africaines et leurs cultures. Selon quelles modalités s'est effectuée cette rencontre jusqu'à ce que sonne l'heure de l'inculturation, notamment avec Vatican II et le 1er Synode pour l'Afrique? Il sera important de faire le point sur ces modalités:

          - Modalité de juxtaposition et mise en lumière de ce qu'elle signifie

          - Modalité de conflit et sa signification.

          - Modalité d'inculturation et sa signification

          Cette enquête à large spectre devra être conduite dans tout l'espace CERAO(II)

III - ORIENTATIONS DE l'EGLISE UNIVERSELLE ET DES RITES INCULTURES DES FUNERAILLES CHRETIENNES

          Quand l'enquête sera restituée comme 2è grande partie de la rencontre d'étude, s'engagera une réflexion sur les Instructions du Dicastère Romain pour le Culte Divin et les Sacrements. En possession de ces orientations sur les Sacrements et les Sacramentaux, le Colloque s'emploiera à la réflexion théologique sur les critères d'authenticité chrétienne catholique des rituels inculturés des funérailles chrétiennes.

          Cette 3è grande partie sera faite d'exposés de panels et d'ateliers. Il sera demandé aux Conférences Episcopales où sont à l'essai des rituels inculturés de funérailles chrétiennes d'exposer la théologie qui est mise à l'oeuvre dans ces rituels et d'en manifester la cohérence christologique et ecclésiologique interne comme premier critère. On montrera ensuite la cohérence avec la tradition de l'Eglise comme 2è critère. On établira en outre la pertinence culturelle et interculturelle de cette théologie à l'oeuvre dans le sacramental que sont les funérailles chrétiennes. La légitimité de ces inculturations conduites avec rigueur théologique s'attestera comme une appropriation de la Grande Tradition de l'Eglise Catholique par nos Eglises en exigence historique incontournable d'inculturation. Ces efforts d'inculturation ainsi caractérisés n'ont rien de commun avec les petites traditions, comme le prétendraient des Africains se voulant dociles à un rituel latin"universel" qui n'aurait nul présupposé culturel et n'aurait aucun besoin de réappropriation culturelle. En réalité, ces Africains qui discréditent les tentatives d'inculturation se classent dans la catégorie de ceux qui veulent juxtaposer les rituels, ce qui constituent le bouillon de culture de tous les syncrétismes.

          Pour une Eglise qui a entrepris de se construire comme Famille de Dieu, il est évident que nous nous trouvons ici sur le terrain d'un grand enjeu d'inculturation. En effet, la famille africaine qui se structure ici, dans l'ordre symbolique, n'est pas sans influencer toute théologie ultérieure de l'Eglise comme Famille de Dieu en Afrique. Les précisions catégorielles que nous mettons au point à ce niveau de notre culture décident du sérieux de l'oeuvre de l'inculturation que nous conduisons.. En quoi le sacrement et le sacramental se distinguent-ils? La constitution imaginaire de nos sociétés africaines qui est engagée dans ces débats d'anthropologie fondamentale est-elle indifférente à l'ordre sacramentel et sacramental où s'édifie l'ecclésiologie africaine de l'Eglise comme Famille de Dieu? L'anthropologie vécue de nos sociétés africaines au coeur  de l'épreuve de la mort est-elle sans importance pour notre ecclésiologie?

IV - QUELLES ORIENTATIONS PASTORALES POUR L'INCULTURATION DES FUNERAILLES CHRETIENNES?

          Quelles orientations pastorales donner pour la poursuite des efforts d'inculturation en matière de funérailles chrétiennes? Beaucoup disent qu'il faut laisser se vivre la diversité culturelle. Mais qu'entend-on par diversité culturelle dans un espace où le christianisme n'a pas encore opéré sa profonde démarcation de la culture et de la religion? Quand l'ordre symbolique de la culture est en génèse et mêle encore les eaux de l'une et de l'autre, la foi chrétienne n'a-t-elle pas le droit, voire le devoir d'apporter son éclairage? Ou est-ce trop tôt? Est-il permis de laisser purement et simplement se déployer sur le chrétien défunt la ritualité traditionnelle avec ses ambiguïtés magico-sorcières, parallèlement avec la ritualité chrétienne? Ne faut-il pas, en écartant tout le magico-sorcier et l'imaginaire de terreur qu'il charrie, assumer par le fond la ligne symbolique de crête en filigrane dans les multiples surdéterminations pour lui donner une forme chrétienne - ce que nous appelons précisément inculturation rituelle fondamentale? Ce faisant, n'est-il pas permis de proposer un tel rituel, débarassé de tout élément syncrétiste, à la concélébration avec des gestionnaires traditionnaires des funérailles, étant donné que les membres non chrétiens de la famille revendiquent devoir accomplir eux aussi des rites de piété filiale ou fraternelle envers le membre défunt, même s'il est chrétien?

          S'il est permis que les célébrants traditionnels jouent un rôle dans les funérailles d'un membr chrétien de la famille, c'est parce que, selon notre foi chrétienne, la multitude vue par le visionnaire de Patmos provient de toute langue, peuple et nation et que déjà, à la Pentecôte, la multitude présente à l'événement entendait proclamer chacun dans sa langue les merveilles de Dieu. C'est dire que les déterminations culturelles ne sont pas purement et simplement abolies mais constituent une richesse assumée en eschatologie. Il nous semble que les célébrants traditionnels des funérailles ont un rôle à jouer sur la base dune inculturation ainsi clarifiée.

          L'intégration dans la famille vivante dans l'au-delà, que le rite est censé opérer en faveur du défunt, se trouve être, dans le cas chrétien, pour qui s'accomplit le rite du passage qui est ici sa Pâque ultime, une intégration dans la communion des saints, dans la Famille de Dieu en rassemblement au coeur même de la Trinité Sainte.

V- DIMENSION MISSIONAIRE DE LA CELEBRATION DES FUNERAILLES

          L'Eglise Famille qui s'efforce de convertir sa culture et d'inculturer sa foi, est appelée en Afrique à voir, dans les grands rassemblements de familles occasionnés par la mort d'un être cher, un aéropage propice à l'annonce première du message pascal. Le sens des veillées funèbres doit être soigneusement établi en lien avec la veillée pascale du Rédempteur de l'homme. Il faut viser à faire des funérailles du chrétien l'occasion d'une semence de la Parole de Dieu qui portera ses fruits.

A suivre....

vendredi 4 avril 2008

COLLOQUE SUR LES FUNERAILLES INCULTUREES

LES FUNERAILLES INCULTUREES COMME LIEU THEOLOGIQUE DE L'EGLISE FAMILLE DE DIEU

INTRODUCTION

          Bâtir l'Eglise comme Famille de Dieu a des implications concrètes qui mobilisent déjà les énergies de toutes nos Eglises particulières. Entre autres implications, il y a la mise en place et l'animation des CEB/CCB que le document du SCEAM, fruit de l'Assemblée de Midrand(1997), L'Eglise Famille de Dieu, a appelé lieu théologique concret d'engagement pastoral pour nos Eglises. Il y a aussi le fait que toutes nos Eglises particulières doivent créer des Commissions Famille. Celles-ci, averties de tout ce que la post-modernité met en oeuvre pour démolir le dessein de Dieu sur le mariage et la famille, doivent prendre en mains la défense et la promotion de la vie selon le dessein du Créateur. La troisième implication concrète est celle qui se situe à la ligne frontière de la famille et de la société où naît la réalité politique avec l'exigence de défense et de promotion de la Justice et de la Paix. Ici s'enracine l'engagement de nos Eglises pour une intelligence organique de la catégorie théologique la plus englobante qui a mû le Christ lui-même: le Royaume/règne de Dieu, à l'horizon du 2è Synode Africain annoncé.

          Une autre implcation essentielle de notre option de bâtir l'Eglise comme Famille de Dieu et qui nous concerne quasi quotidiennement est la gestion ecclésiale à faire de la limite à la vie qu'est la mort, de l'eschatlogie africaine, autrement dit, dans l'épaisseur même de la vie(II).

          A partir de cette réflexion l'on pourra, à commencer par les orientations de l'Eglise Universelle les rituels tels qu'ils sont vécus dans les différentes communautés ecclésiales(III) pour ensuite poser la question des orientations pastorales en vue de l'inculturation des funérailles chrétiennes(IV). Enfin la dimension missionnaire des célébrations sera mise en bonne place en lien avec le devoir de l'Eglise d'inculturer sa foi en Christ(V);

A suivre....

jeudi 3 avril 2008

SEMINAIRE SUR JACQUES MARITAIN2

PHILOSOPHIE CHRETIENNE DE L'HISTOIRE2

          Des forces naturelles sont à l'oeuvre dans l'histoire de la culture. Ici le thomisme et le marxisme s'accordent pour dire que les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas librement dans les conditions choisies mais dans des conditions directement données, léguées par la tradition.(1) Nous ne retiendrons pas le sens marxiste de cette formule. La formule signifie pour un thomiste qui, grâce à sa philosophie, dégage clairement les notions de virtuel et d'actuel, de nécessité et de liberté "que l'histoire a un sens, déterminé quant à certains caractères fondamentaux par l'immense masse dynamique du passé qui la pousse en avant, mais encore indéterminé quant aux orientations spécifiques qui s'actualisent en elle à mesure que court le présent, et qui traduisent l'attraction exercée sur elle par telles ou telles formes d'avenir concret, selon que le champ physique de la pensée de l'homme et de ses désirs en fait des foyers plus ou moins efficaces...

           "L'homme est doué d'une liberté par laquelle, en tant que personne il peut, plus ou moins difficilement, mais réellement, triompher de la nécessité dans son coeur...Sans pouvoir pour cela plier arbitrairement l'histoire à son gré et à sa fantaisie, l'homme peut aussi faire surgir dans l'histoire des courants nouveaux, qui se composent avec les courants nouveaux, qui se composent avec les courants, les forces et les conditions préexistants pour achever de déterminer les sens de l'histoire, lequel n'est pas fixé d'avance par l'évolution: il dépend d'une masse énorme de nécessités et de fatalités accumulées, mais où les interventions de la liberté peuvent se faire jour; il n'est fixé d'avance que dans la mesure (fort grande, il est vrai), où l'homme renonce à sa liberté.

           "Si, de fait, celle-ci joue si peu dans l'histoire du monde, c'est que l'homme collectivement considéré vit peu de la vie proprement humaine de la raison et de la liberté; il n'est pas étonnant, dès lors, qu'il soit de fait "soumis aux astres" dans une très large mesure. il peut cependant leur échapper. Et à considérer le choses selon d'assez grandes distances de siècles, il apparaît qu'une des exigences de l'histoire humaine est bien d'échapper de plus en plus au fatum."(2)

          Dans cette perspective d'une liberté réelle et contrariée, nous comprenons le rôle de la finalité ou du but en histoire. L'homme ne peut agir efficacement sur le mouvement de l'histoire qu'en ayant devant les yeux la vision d'un ciel hsitorique, d'un idéal historique concret, c'est-à-dire d'une image prospective signifiant le type particulier, le type spécifique de civilisation auquel tend un certain âge historique. Cette notion d'idéal historique concret est avant tout autre que la notion d'utopie:

          "Quand un Thomas More ou un Félélon, un Saint-Simon ou un Fourier construisent une utopie, ils construisent un être de raison, isolé de toute existence datée, et de tout climat historique particulier, exprimant un maximum absolu de perfection sociale et politique, et de l'architecture duquel le détail imaginaire est poussé aussi loin que possible, puisqu'il s'agit d'un modèle fictif proposé à l'esprit à la place de la réalité.

          "Au contraire, ce que nous appelons un idéal historique concret est non pas un être de raison, mais une essence idéale réalisable (plus ou moins difficilement, plus ou moins imparfaitement, c'est une autre affaire un idéal historique concret est non pas un être de raison, mais une essence idéale réalisable(plus ou moins difficilement, plus ou moins imparfaitement, c'est une autre affaire, et non comme oeuvre faite, mais comme oeuvre se faisant), une essence capable d'existence et appelant l'existence pour un climat historique donné, répondant par suite à un maximum relatif (relatif à ce climat historique) de perfection sociale et politique, et présentant seulement, - précisément parce qu'elle implique un ordre effectif à l'existence concrète, - les lignes de force et les ébauches ultérieurement déterminables d'une réalité future.

          En opposant ainsi idéal historique concret et utopie, nous ne méconnaissons pas ,du reste, le rôle historique des utopies, et en particulier l'importance que la phase dite utopique du socialisme a eue pour le développement ultérieur de celui-ci. Nous pensons toutefois que la notion d'idéal historique concret et un juste usage de cette notion permettraient à une philosophie chrétienne de la culture de préparer des réalisations temporelles futures en la dispensant de passer par une telle phase et de recourir à aucune utopie."(3)

          Le Débat du rôle en histoire de la nécessité et de la liberté, de la fatalité et de la contingence, de la nature et de l'aventure, nous ramène au vieux débat de l'essence et de l'existence. il faut le poser longtemps avant l'intervention de la liberté humaine, et à propos même de l'univers et des lois astronomiques:

          "Le système solaire n'est pas une machine, pas plus que l'univers lui-même. Il a résulté de la longue évolution historique d'une multitude de facteurs en interaction...Sans doute la Cause première intellignce a dirigé cette évolution historique selon le plan créateur, mais Dieu n'est pas un horloger, un faiseur de montres, mais un faiseur de natures; et l'infaillible causalité divine, par là même qu'elle est transcendante, fait arriver les événements nécessaires, contingemment les événements contingents, fortuitement les événements de hasard."(4)

          Mais avec l'entrée en scène de la liberté humaine, ce débat prend des dimensions nouvelles.

          "La vie politique et sociale a lieu dans le monde de l'existence et de la contingence, non des pures essences, ces essences que le philosophe considère à part. En fin de compte, si l'histoire n'était rien de plus qu'un déroulement de nécessités logiques, l'automatisme des essences y suffirait, et le gouvernement de Dieu, chef libre de tous les agents libres, deviendrait superflu. Nul ne sait mieux cela que la grande politique ecclésiastique. Une politique idéologique, qu'elle soit jacobine ou cléricale, ne connaît que les pures essences (dûment simplifiées), et on peut avoir une ferme confiance que son platonisme la mènera toujours, avec une justesse infaillible, à l'existence. Dans l'histoire, ce ne sont pas des thèses qui s'affrontent comme dans un livre, ou dans une discussion académique, où tout s'achève dans l'intime et méritoire satisfaction de celui qui a raison et qui l'a fait voir"(5)

A suivre...

_________________________________

1)Humanisme intégral , p. 142

2) Ibidem, pp. 142-143.

3) Ibidem, p. 140

4) Nécessité et contingence , dans Raison et raisons, 1948, p. 62.

5) Humanisme Intrégral, pp. 234-235

Prise de soutane en 1982

La prise de soutane ou l'admission est un rite prévu pour ceux qui se préparent au diaconat, qui a lieu quand leur intention et leurs dispositions ont déjà été sufisamment éprouvées. Elle est faite officiellement par l'Evêque, au cours d'une messe ou d'une liturgie de la parole. le candidat s'engage, en réponse à l'appel du seigneur, à poursuivre sa formation pour acquérir la ompétence nécessaire au ministère de prêtre. Et surtout à développer en lui une ferme disposition à servir le Christ Seigneur et son Corps qui est l'Eglise.


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LES CINQ PREUVES THOMISTES DE L'EXISTENCE DE DIEU POUR UNE RELECTURE DES CINQ VOIES DE SAINT THOMAS D'AQUIN

INTRODUCTION

          Le premier problème, en ce qui concerne la philosophie médiévale est de savoir quand elle commence. Pour Jeauneau Edouard, "les limites que l'hsitoire générale assigne au Moyen Age (395/476 - 1453/1492 ne sont pas celles que retiennent d'ordinaire les historiens de la philosophie médiévale"(1). S'appuyant sur Etienne Gilson, notre auteur pense que "les origines du mouvement philosophique médiéval sont liées à l'effort de Charlemagne pour améliorer l'état intellectuel et moral des peuples qu'il gouvernait."(2). Ainsi, pour notre auteur, l'histoire de la philosophie médiévale commence au IXè siècle pour s'achever à l'aube du XVè siècle et elle se limite au monde occidental, chrétien et latin.

          Quant à Maurice de Wulf, il soulève un autre problème qui est le suivant: le terme de Moyen-âge veut dire "âge moyen ou intermédiaire entre l'antiquité et l'humanisme du XVè siècle...(c')estune dénomination de pauvreté, à laquelle s'attache un sens péjoratif"(3). On déprécie également cette philosophie en disant qu'elle est "une philosophie enseignée en mauvais latin, abusant du syllogisme, perdue dans des subtilités ou des niaiseries...une philosophie asservie à Aristote, mais sans le comprendre." (4) Or cette philosophie est très importante, car du point de vue de la philosophie, "des systèmes nmbreux et puissants surgissent du IXè au XVè siècles" et "la philosophie médiévale sort de la philosophie grecque, comme elle prépare la philosophie moderne."(5). Pour notre auteur comme pour nous aussi, celui qui va nous intéresser particulièrement est celui de St Thomas d'Aquin.

          Enfin nous signalerons l'introduction à la philosophie médiévale de Kurt Flash. Cet auteur s'attache à montrer le rôle que "la philosophie a joué dans une situation historique donnée."(6) Il s'agit d'une nouvelle façon de faire de la philosophie dans un contexte polémique, à l'état de dispute et de contradiction. Cette approche nous aidera à risquer une contradiction avec la philosophie thomiste.

PREMIER CHAPITRE: LA VIE ET L'OEUVRE DE ST THOMAS D'AQUIN

   ST THOMAS D'AQUIN (1225-1274)  

          Philosophe et théologien le plus célèbre du XIIè siècle, St Thomas est né vers 1225 à Roccasecca, près de Naples. Confié vers 1230-1231 à l'abbaye du Mont-Cassin, il y est formé aux arts libéraux jusque vers 1239 sans doute. Il est alors envoyé étudier à l'Université de Naples où l'ouverture aux nouvelles oeuvres d'Aristote est encouragée par Frédéric II. Il y découvre l'Ordre des Prêcheurs et, en 1243-1244, décide d'y entrer, en dépit de la résistance de sa famille qu'animent des ambitions tout autres. En 1245 son ordre l'envoie à l'Université de Paris. Promoteur principal pour l'adoption des nouvelles philosophies grecques et arabes, Albert le Grand y est son maître, qu'il accompagne en 1248 pour Cologne. De retour à Paris (1252), St Thomas y enseigne la Bible (1252-1254), les Sentences de Pierres Lombard(1254-1256), puis est maître régent de l'école des Prêcheurs (1256-1259). Il passe alors en Italie pour enseigner dans plusieurs villes, et reprend en 1268 sa chaire à Paris. En 1272, il retourne à Naples pour y enseigner la théologie et sur le chemin du Concile de Lyon, il décède le 7 Mars 1274.

          Exprimée de diverses façons et de multiples ouvrages (commentaires, Traités, Questions disputées), la philosophie de St Thomas est celle d'un théologien spécialement sensible aux exigences de la raison. Elle n'est guère explicable sans celle d'Alabert le Grand et ses efforts puissants pour l'intégration des nouvelles philosophies. Cependant, sans formuler de critique à l'endroit de son maître, St Thomas s'en distingue souvent et toujours en faveur d'une épistémologie et d'une noétique plus décantées et encore plus critiques. Ce dernier partage sans réserve l'estime pour le réalisme aristotélicien qui toutefois ne suffit nullement à caractériser sa philosophie. D'autres oeuvres, en effet, l'alimentent: St Augustin, Denys le pseudo-Aéropagite (l'important Commentaire d'Albert sur les Noms divins, méconnu durant sept siècles, a été rédigé à Cologne par St Thomas), le Livre des Causes, et Avicenne(déjà fort prisé d'Albert).

          La réduction simpliste de la pensée de St Albert à l'aristotélisme est un phénomène d'académisme, polémique au début et par suite naïvement apologétique, elle relève de cet académisme "thomiste qui tout au moins - dans le domaine théologique appelle d'autres considérations - comporte, entraînés par l'usage d'apocryphes tels que l'ockhamiste Summa totius logicae, et par les options discutables des interprêtes, des guachissements voire des mutilations que la méthode historique rend maintenant manifestes.

Quelques oeuvres de St Thomas:

Le Commentaire des Sentences

          Ecrit entre les années 1252 et 1256, cet ouvrage donne trois types d'arguments:

          Un argument per causalitatem, qui consiste à faire remarquer que, si nous avons été faits, cela ne peut être que par une cause extrinsèque. cet argument est très nettement d'origine théologique puisqu'il présuppose la notion de création ex nihilo.

          Un argument per remotionem manifeste que l'imparfait ne peut être sans le parfait. Mais l'établissement de ce principe est pour ainsi dire inexistant.

          Un argument per eminentiam annonce la quatrième voie de la Somme théologique: le bien et le meilleur se disent toujours par comparaison à un optimum; il faut donc un souverain Bien d'où procède la bonté.

          St Thomas assume les trois voies comme trois types de voies. St Thomas assume le raisonnement suivant: Dieu est ce dont on ne peut rien penser de plus grand. Mais ce dont on ne peut pas penser pas penser qu'il n'existe pas est plus grand que ce dont on peut penser qu'il n'existe pas. Donc on ne peut pas penser que Dieu n'existe pas. St Thomas précise bien qu'il s'agit ici d'un raisonnement qui part d'une supposition. Ce point sera jusqu'à la fin de sa vie une des marques de détermination de l'argument.

De l'Etre et de l'Essence,

          Il s'agit d'une d'un ouvrage de jeunesse. Au chapitre IV, St Thomas fait une approche complexe dans laquelle on notera d'abord une remarquable maîtrise des notions métaphysiques d'être et d'essence ou d'acte et de puissance. L'Aquinate commence par affirmer que tout être est nécessairement distinct de l'essence à moins "qu'il n'existe une réalité dont la quiddité soit son propre être. Or la forme ne peut causer l'esse comme une cause efficiente, car une réalité ne peut être cause d'elle-même; ce qui revient à "toute réalité qui n'est pas esse seulement a une cause de son esse." Cet esse ne peut donc être causé que par un autre. Et comme on ne peut aller à l'infini, "il est donc manifeste que l'intelligence est forme et esse et qu'elle tient l'esse de l'Ens premier qui est esse seulement; et telle est la Cause première qui est Dieu".

          Plus loin, l'Aquinate ajoute encore: "Il faut donc que la quiddité elle-même ou forme qui est l'intelligence soit en puissance à l'égard de l'esse qu'elle reçoit de Dieu, et cet esse est reçu par mode d'acte." Ce passage surprend par sa conclusion. On pensait que Thomas d'Aquin avait pour but la démonstartion de l'existence de Dieu: or, il ne s'arrête pas à cela, il va jusqu'à son vrai but, la composition d'acte et de puissance dans l'intelligence.

Questions disputées sur la vérité,

          Datée entre 1256 et 1259, la question disputée De Veritate fournit un premier essai d'argument par la cause finale. St Thomas affirme que toute cause finale implique une intelligence.  Or les animaux ont une cause finale mais pas d'intelligence. Il faut donc une intelligence extrinsèque.

          Le De Veritate donne surtout un mélange d'arguments issus de la théologie ou de la philosophie sans vraiment d'essai de distinction.

Le De Trinitate

          Dans cet ouvrage l'auteur reprend la question de Dieu avec un regard critique. Il s'agit d'une réflexion critique sur la possibilité d'une connaissance de l'existence divine. A l'article 3 de la première question, on assiste à une première remise en cause de l'évidentialisme et donc de l'argument ontologique. Le premier connu n'est pas Dieu mais le singulier. Cette oeuvre est une oeuvre de maturité malgré son inachèvement, car la plupart des outils sont en place. Notons enfin que la pensée évidentialiste est une dernière fois analysée avec faveur. St Thomas écrit: "Par le moyen de principes qui sont innés en nous, nous pouvons facilement percevoir que Dieu existe."(8). Le facilement indique encore une certaine admission de l'évidentialisme de l'existence de Dieu. Mais cela s'accompagne d'un bon environnement critique.

Somme contre les gentils

          La Summa contra gentiles que l'on peut dater en 1259 et 1264, a été écrite à Paris pour le début, et à Rome pour la suite, si l'on en croit les changements de parchemin et d'encre. Ici, St Thomas semble insister plus nettement sur la cognoscibilité de Dieu. Au livre premier, au chapitre dixième puis au chapitre onzième, cinq réponses aux objections manifestent un net dépassement des arguments anselmiens. Le chapitre treizième fait en revanche une très grande place à Aristote. Peut-on parler dune rédecouverte pour l'Aquinate? En outre, nous ne trouvons plus une argumentation courte et soucieuse d'évidence: les quatre longs arguments qui sont donnés reflètent un renouvellement de la recherche.

          Les quatre premiers arguments s'inspirent directement d'Aristote. Après nous avoir situés dans un type de démonstration a posteriori, le premier argument fait appel au principe de causalité physique "tout ce qui est mû est mû par un autre".(Il s'agit d'un argument aristotélicien). La deuxième voie montre que tout moteur n'est pas mû. Cela est vrai "par accident ou par essence", ce que l'Aquinate établit par l'absurde. La démonstration aboutit à un moteur non mû. La troisième voie utilise l'ordre des causes efficientes, et Aristote est de nouveau abondamment utilisé. S'il n'y a pas de cause première dans une série, il n'y a plus de cause dans les intermédiaires; plus rien ne peut donc être causé. La quatrième voie utilise le maxime verum. La cinquième voie réfère à St Jean Damascène à partir de l'ordre du monde. Nous sommes dans le Contra gentiles dans la préparation immédiate de la Summa. ici plusieurs voies sont établies par plusieurs arguments. Chaque voie est un type de raisonnements où des prémisses spécifiques conduisent au même résultat, au même objet.

          D'autres arguments intéressants sont en outre utilisés, mais ils n'ont pas pour but d'établir directement l'existence de Dieu. On y montre la nécessité et l'éternité de Dieu, la parfaite pureté de son être en acte, sa nature intelligente

La question disputée "De potentia Dei"

          Cet écrit date de 1265 ou encore de 1266-1267. Il a été écrit à Rome. Cet manuscrit est le prédécesseur immédiat de la première partie de la Summa. Il semble que St Thomas y continue sa recherche d'arguments divers et variés. Il essaie de les puiser entre autres chez Platon et chez Avicenne, tout en maintenant un argument curieusement attribué à Aristote. Ces trois recherches figurent à l'article 5 de la question 3.

          En ce qui concerne le premier argument, il part du fait que notre être est participé puisque nous avons des déterminations en commun avec d'autres êtres; il faut donc un êre-source transcendant les êtres participés. Cet argument est attribué à Platon qui, notons-le, n'en a jamais fait une démonstration de l'exisence de Dieu. Le deuxième argument va référer à Aristote dans son deuxième livre des Métaphysiques, où l'on constate que ce type de démarche n'est pas non plus une démonstration de l'existence divine. Cet argument est en outre fortement imprégné de néoplatonisme: il préfigure la quarta via de la Summa. Il ne s'agit pas en fait d'une démonstration, et l'on aboutit seulement par confiance dans les conclusions d'Aristote. Cela aura de l'importance pour éclairer la quarta via de la summa.

          Un troisième argument enfin réfère à Avicenne tout en manifestant la structure aristotélicienne du résultat, par l'intermédiare de l'acte pur.

          Le De Potentia représente un essai de recherche sur des philosophies traditionnelles mais assez isolées sur ce type de sujet. St Thomas prépare une synthèse, et semble faire une topique historique.

Somme théologique

          Etant donné la place que nous allons donner à l'étude des cinq voies de St Thomas, nous donnerons ici que quelques remarques sur la place et l'intention de la Summa theologiae.

          La datation de la Summa theologiae quant à la prima pars(qui seule nous intéressera) ne pose pas un réel problème de fond: "il semble assuré que, durant le temps où il resta à Rome (jusqu'en septembre 1268), Thomas rédigea la prima pars en entier et qu'elle fut en circulation en Italie avant même son retour à Paris."(8). La question qui nous intéresse surtout (début de l'ouvrage) date aussi de cette période: 1266-1268.

          La Summa theologiae selon son auteur est d'abord un traité pratique à l'usage du débutant (l'incipiens). Il y a synergie entre le souci méthodologique de la Summa et une certaine maturité systématique en ce qui concerne les voies d'accès à Dieu: on ne peut donc s'attendre à une sorte de "sommet" de réflexion. La structure de la Summa a été longtemps discutée. Les trois parties sont trois modes d'un même ordo ad Deum en raison des trois présences de Dieu: présence créatrice, présence de grâce et présence personnelle par l'Incarnation.(9). La Summa est étymologiquement la science De Dieu et elle doit commencer par regarder si Dieu existe et qui il est, le plus fondamentalement et le plus complètement. cette exigence fondamentale explique le point de départ plus physikos qu'on a maladroitement appelé le De Deo uno et que St Thomas semble désigner plutôt en employant des expressions comme Ea quae ad essentiam Dei pertinent(et pour la deuxième partie Ea quae ad operationem Dei pertinent). L'exigence ultime correspondra au regard issu de la Révélation et c'est ce qu'on a appelé le De Deo trino.

          Notre prima pars est au point de départ d'un traité didactique de théologie, qui va analser en premier lieu l'exigence et la présence causale de Dieu.

A Suivre.......

Dr AKE Patrice pakejean@hotmail.com

 

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1) JEAUNEAU(Edouard).- La philosophie médiévale (Paris, PUF, 1963), p. 3

2) JEAUNEAU(Edouard).- La philosophie médiévale (Paris, PUF, 1963), p. 4

3) WULFF(de, Maurice).- Histoire de la philosophie médiévale. Tome 1er. Des origines jusqu'à la fin du XIIè siècle (Paris, 1934), p. 9

4) WULFF(de, Maurice).- Histoire de la philosophie médiévale. Tome 1er. Des origines jusqu'à la fin du XIIè siècle (Paris, 1934), p. 10

5) WULFF(de, Maurice).- Histoire de la philosophie médiévale. Tome 1er. Des origines jusqu'à la fin du XIIè siècle (Paris, 1934), p. 12

6) FLASCH (Kurt).- Introduction à la philosophie médiévale (Suisse, Fribourg 1992), p. VI

7) St Thomas d'AQUIN.- In de Trin., q. 1, a. 3, ad 6

8) BARBELLION(Stéphane-Marie).- Les preuves de l'existence de Dieu. Pour une relecture des cinq voies de saint Thomas d'Aquin (Paris, Cerf, 1999), p. 217

9) BARBELLION(Stéphane-Marie).- Les preuves de l'existence de Dieu. Pour une relecture des cinq voies de saint Thomas d'Aquin (Paris, Cerf, 1999), p. 218

mardi 1 avril 2008

POISSON D'AVRIL

          Un poisson d'Avril est une plaisanterie, voire un canular que l'on fait le 1er Avril à ses connaissances, ou à ses amis. Il est aussi de coutume de faire des canulars dans la presse, aussi bien écrite, radio télédiffusée et sur Internet. Un poisson est un symbole de l'élément Eau dans lequel il vit. On le sculptait à la base des momuments khmers pour indiquer qu'ils plongeaient dans les eaux inférieurs, dans le monde souterrain. A ce titre, il pourrait être considéré comme participant de la confusion de son élément, et partant comme impur. C'est ce côté confusion que nous retiendrons pour le cas du poisson d'avril.

          Pour les enfants, il consiste à accrocher un poisson de papier dans le dos des personnes dont on veut se gausser. "Poisson d'avril" est aussi l'exclamation que l'on pousse une fois qu'une des plaisanteries est découverte, ou pour avertir aussi la victime du canular que l'histoire qu'on vient de lui raconter est fausse. Cette tradition trouverait son origine en France. On  raconte que jusqu'en 1564, l'année commençait le 1er avril. Cette année là, le roi Charles IX décida de modifier le calendrier. L'année commencerait désormais le 1er janvier.

          Le 1er janvier 1565 tout le monde se souhaitât "bonne année", se fit des cadeaux, se donna des étrennes, tout comme à un début d'année. Seulement quand arriva le 1er avril, quelques petits farceurs eurent l'idée de se faire encore des cadeaux, puisque c'était à cette date qu'avant on s'en faisait. Mais, comme c'étaient des farceurs et que ce n'était plus le "vrai" début de l'année, les cadeaux furent de faux cadeaux, des cadeaux "pour de rire", sans valeur.
À partir de ce jour là, raconte-t-on, chaque année au 1er avril tout le monde, grands et petits, prit l'habitude de se faire des blagues et des farces
Comme à cette période de l'année, au début du mois d'avril, en France, la pêche est interdite, car c'est la période de fraicheur des poissons (la période de reproduction), certains avaient eu comme idée de faire des farces aux pêcheurs en jetant des harengs dans la rivière. En faisant cela, ils devaient peut-être s'écrier: "Poisson d'avril!" et la coutume du "poisson d'avril" est restée.

          Aujourd’hui, on ne met plus de harengs dans l'eau douce, mais on accroche, le plus discrètement possible, de petits poissons en papier dans le dos des personnes qui se promènent parfois toute la journée avec ce "poisson d'avril" qui fait bien rire les autres. Certains racontent aussi que le "poisson d'avril" serait devenu "poisson" parce qu'au début du mois d'Avril la lune sort du signe zodiacal des Poissons. Ainsi en astrologie (19 février-20 mars), douzième et dernier signe du Zodiaque, les poissons se situent juste avant l'équinoxe de printemps. Ils symbolisent le psychisme, ce monde intérieur, ténébreux, par lequel on communique avec le dieu ou le diable; ce qui se traduit dans l'horoscopie par une nature manquant de consistance, très réceptive et impressionnable. Leur maître traditionnel est la planète Jupiter, à laquelle on a adjoint, après sa découverte, Neptune.

          En Belgique, aussi la tradition du poisson d'avril reste bien vivante.
" Les jeunes gens, dans les écoles, attachent un poisson en papier dans le dos de leurs camarades, de leurs parents, de leurs professeurs... La presse (tv, radio, journaux) diffuse ce jour-là des informations fausses mais crédibles. Parfois même les hommes politiques sont complices. Entre amis, etc, on se fait aussi des blagues téléphoniques ou autres..."

          En Amérique, mais aussi en Grande-Bretagne, on dit "April Fool's" (le dupe d'avril), pas de poisson ! le symbole du 'Fool's day' n'est pas le poisson, mais un coup de pied aux fesses (ce n'est pas un poisson qu'on accroche dans le dos, mais un message 'kick me' !!!). Ok, ça porte bonheur, mais bon...

          En Afrique aussi cette tradition du poisson d'Avril existe. C'est un poisson réel qui s'appelle l'aprium zygomatum piscus. Ce poisson est originaire du détroit du Mozambique, au Sud-est de l'Afrique. Ses couleurs vives et son motif facial qui donne l'impression qu'il 'sourit' ont fait son succès auprès des occidentaux, mais en font surtout un symbole important pour les ethnies locales.
Les couleurs vives de la femelle (bleu et jaune orangé) en font un ornement recherché pour les fêtes et cérémonies. Ainsi, les pêcheurs malgaches de l'ethnie Vezo doivent, pour séduire leur belle, pêcher le plus gros poisson d'avril et le lui offrir. Si elle le porte lors de la traditionnelle 'fête du poisson', c'est qu'elle accepte son hommage. L'ôdeur forte du poisson qui subsiste dans l'habitation familiale est le symbole de la virilité du pêcheur qui l'a ramené. De même, ses écailles réduites en poudre ont des vertus aphrodisiaques et ses arêtes sont exportées dans tout l'hémisphère Sud comme cure-dents.
Bon... vous y avez cru ? Eh bien c'est un poisson d'avril !!! ;-)

          Aujourd'hui, les blagues du 1er avril sont le lot traditionnel des journalistes qui rivalisent d'imagination pour colporter fausses nouvelles et autres plaisanteries : attaque extra-terrestre, capture d'un yéti, disparition des impôts... Cette évolution vers la presse vient-elle du fait que longtemps, on a enveloppé le poisson dans du papier journal ? Qui sait...

          De toute façon, c'est une bonne occasion de prendre la vie du bon côté et de surprendre vos collègues et amis par des petites facéties.