mercredi 19 novembre 2008

JEUDI DE LA 33E SEMAINE DU TEMPS ORDINAIRE

JEUDI
DE LA 33 e SEMAINE DU TEMPS ORDINAIRE (LUC 19, 41-44)
P
leur de Jésus, dans l’Évangile, sur sa ville qui a fermé ses portes à la visitation de la Paix. Jésus, salué queques versets plus haut comme Prince de Paix, pleure et voit à travers ses pleurs le devenir désastreux de sa ville, détruite de fond en comble, comme hier Jérémie; comme demain, sous les coups de l’armée romaine. Jésus pleure avant d’entrer dans la ville dont il est le Seigneur, et qui le verra mourir en paria. Il pleure sur les occasions manquées, la visite refusée, la violence qui sourd de toute fermeture. Il pleure, comme nous, sur les désastres de la terre et le scandale de la mort. Pleurs de Jean, dans l’Apocalypse : ravi aux cieux, il pleure sur un livre de vie, fermé. Cependant il voit à travers ses pleurs quelqu’un, digne de re­cevoir ce livre, et d’en ouvrir les sceaux. Que voit Jean ? Un agneau immolé et debout, un agneau mort et relevé. Et il entend la louange de toutes créatures au ciel, sur terre, sous terre, dans les mers. Une louange comme les houles de l’océan déferle au rivage du Christ, l’Agneau de Dieu.
Jean signifie toute une lignée de témoins. De­puis le Baptiste, qui désigne l’Agneau de Dieu (Jn 1, 29), en passant par l’Apôtre qui suit l’Agneau (Jn 1, 38) jusqu’à Jean l’Ancien, celui de Patmos. Tous sont reliés par cette connaissance intime de l’Agneau qui enlève le péché du monde : il faut qu’il entre dans sa ville, Jésus, l’Agneau de Dieu. C’est là qu’il est mis à mort; là qu’il est relevé. Jésus est la réponse à ses propres larmes ! À la suite de Jean, il est la réponse à nos propres larmes. Un jour viendra où Jérusalem, et avec elle le monde entier, sera consolée.
PERE AKE PATRICE JEAN

Autres textes : Apocalypse 5, 1-10. Psaume 149.

lundi 17 novembre 2008

MARDI DE LA 33E SEMAINE DU TEMPS ORDINAIRE

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MARDI
DE LA 33 e SEMAINE DU TEMPS ORDINAIRE
(Luc 19, 1-10)
Z
achée est riche, il s’est enrichi de richesses injustes. Zachée est petit, très petit dans l’es­time de ses contemporains. Zachée est tiré vers le bas, petit et saturé de biens ! Cependant subsiste en lui une fêlure. Il ne dit pas : « Je suis riche, je me suis enrichi.» Il dit: «Je veux voir Jésus!» Curiosité malsaine, ou début de retournement ? Ne cherchons pas à distinguer les bonnes ou mauvaises intentions : dans le cœur de l’homme se mêlent l’intention pure et la cupidité… Le cœur de l’homme, cette demeure où cohabitent le meilleur et le pire.
Zachée monte sur l’arbre de ses richesses, pour voir plus loin, plus haut que la foule. Mais Jésus est en bas, au pied de l’arbre et à ses pieds… Curieux renversement des rôles ! Zachée le petit, au plus haut de son arbre de richesses, et Jésus, le Seigneur, tout en bas, aux pieds de Zachée : le Pauvre frappe à la porte du riche, y entre et partage le repas.
Tous sont allongés, seul Zachée est redressé. Que se sont-ils dit ? Rien n’indique qu’une exhortation, une réprimande ait été échangée. Zachée a ouvert sa demeure, il a ouvert son cœur et sa pensée, il a ouvert sa bourse ! Zachée donne, Zachée répare au quadruple, Zachée le petit grandit dans la justice et la vérité. De sa caverne de voleur il a fait un temple de salut. Et lui habite le sein d’Abraham.
Et nous, resterons-nous dans la tiède rancœur quand le pécheur devient brûlant de vie ? Puis­sions-nous devenir les brûlants messagers de cette bonne nouvelle : « Le Seigneur se tient à ta porte et il frappe. Écoute sa voix, ouvre ta porte et fais-lui don de tes biens, en chaque pauvre près de toi. »
PERE AKE PATRICE JEAN
Autres textes : Apocalypse 3, 1-6, 14-22. Psaume 14.

samedi 8 novembre 2008

LA LEGALITE

UNIVERSITE CATHOLIQUE DE L’AFRIQUE DE L’OUEST

LECON INAUGURALE

Octobre 2008

THEME : LA LEGALITE

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Introduction

Que serait une société au sein de laquelle chaque individu agit à sa guise sans aucun respect pour le prochain, sans aucune considération pour les biens d’autrui, une société où il n’existe aucune autorité? Assurément, on serait en présence d’une société anarchique vouée au chaos et à sa disparition. Parce que la recherche du bien commun passe par la recherche de la paix et de la sécurité entre les hommes du corps social, parce qu’il n’est pas de véritable tranquillité sans le respect des intérêts particuliers de chacun de ces membres, parce que l’absence de désordre ne peut s’établir que si chacun se voit attribuer individuellement ce qui lui est dû, l’ordre social ne peut s’établir que si des règles juridiques d’encadrement des comportements, des rapports humains existent formant alors un ordre juridique.

L’ordre juridique suppose cependant un ensemble de règles de droit que l’on pourrait représenter sous le vocable de droit.

Le droit, puisque c’est de cette notion qu’il s’agit et qu’on examine à la loupe au regard de son application, est norme régulatrice des rapports humains en société, norme de direction des conduites humaines en société et parfois norme correctrice des comportements sociaux. Le droit est un instrument de régulation en ce sens qu’il est un ensemble de règles et celles-ci doivent être respectées par tous au travers d’une notion a priori intelligible : « la légalité ».

La légalité c’est la qualité, « le caractère de ce qui est conforme à la loi, plus largement au droit écrit, parfois même au droit positif dans son ensemble »[1]. C’est la conformité à la loi. C’est le caractère de ce qui doit être établi par la loi. En conséquence, ce qui est contraire à la loi est donc illégal[2]. De même, lorsqu’il y a méconnaissance du droit en général, il y a illégalité. Abusivement le terme légalité est utilisé au sens de licéité car ce qui est illicite est ce qui n’est pas permis, ce qui est contraire à un texte, à l’ordre public ou aux bonnes mœurs. Les deux expressions sont alors très proches. Le contrat illégal ne signifierait rien d’autre que le contrat illicite. Ce n’est cependant pas tout à fait exact. La légalité préexisterait à la licéité. Il est plus juste de dire qu’un contrat de vente est illicite parce l’une des conditions (la capacité ou l’objet illicite) qui préside à sa validité n’est pas remplie que soutenir que ce même contrat est illégal en raison de la violation de la même condition exigée par la loi. On pourrait, au demeurant, souligner que ledit contrat est irrégulier, qu’il n’est pas valable. En revanche si le contrat est illégal on soutiendrait volontiers que ce contrat ne trouve pas de base juridique. Mais tout cela n’est que querelle de vocable. Cependant, il semble pertinent de ne pas confondre légalité et légitimité. Il convient pour juger de la justesse et de la justice d'un acte ou d'une décision de distinguer sa légalité et sa légitimité. Est légal ce qui est autorisé par le droit positif existant, ce qui est conforme au texte de la loi ; est légitime ce qui est et doit être reconnu comme juste par tous dans une formation sociopolitique déterminée. La légitimité se comprend, encore, comme « la conformité d’une institution à une norme supérieure juridique ou éthique, ressentie comme fondamentale par la collectivité qui fait accepter moralement et politiquement l’autorité de cette institution »[3]. En principe en démocratie la loi doit être universelle, c'est à dire établir l'égalité en droits et en devoirs généraux entre tous; cette égalité est de principe, elle est donc soustraite au vote majoritaire car elle est une condition transcendantale (axiome de possibilité) de la démocratie et du choix majoritaire; c'est dire que cette égalité est fondatrice de fait démocratique et elle ne peut être contestée, ni soumise au vote sans abolir ce fait. Est donc légitime une loi qui met en forme l'égalité des droits et des devoirs fondamentaux et leurs limites, tels qu'ils sont reconnus par la déclaration universelle des droits de l'homme afin d'éviter la violence et la domination.

Quoi qu’il en soit, on pourrait envisager une validité plurielle qui inclurait la légalité, la licéité et la légitimité. En toute rigueur, la légalité se justifie par des raisons de nécessité de gouvernement (prévoir ce qui est permis et ce qui ne l’est pas pour une bonne administration de la société). Dans ces conditions, la légalité s’appuie sur la loi, plus exactement sur des textes, de façon générale sur des règles juridiques à caractère normatif incluant un aspect obligatoire et à caractère coercitif incluant la sanction. Aussi, l’illégalité doit-elle pouvoir être sanctionnée. Remarquons que l’utilisation de la loi qu’en fait le législateur pour révéler la légalité ne doit pas conduire à une déviance. En effet, « la loi n’est pas faite pour affirmer des évidences, émettre des vœux ou dessiner un état idéal du monde…. La loi ne doit pas être un rite incantatoire. Elle est faite pour fixer des obligations et ouvrir des droits. En allant au-delà, elle se discrédite ». L’élaboration de la loi et son effectivité paraissent influencer les modalités de la légalité, sa positivité ou sa négativité. Puisant à la source de la loi au sens large, la légalité reste d’abord, un instrument de protection des droits du citoyen (Première partie). Ensuite et surtout, il se révèle comme un instrument de régulation sociale (deuxième partie)

Première partie : la légalité : un instrument de protection des droits du citoyen

Le droit n’est pas fait pour les animaux[4]. Le droit est un phénomène de communication, un phénomène de régulation et un phénomène de culture. A ce titre, le droit est destiné aux hommes et la légalité dont il est emprunt assure la protection des droits des citoyens. Cela reste possible tant que des règles sont élaborées suivant un processus et forment un ordre juridique. Mais la légalité est susceptible de modalités diverses. Elle comporte, au demeurant, des limites

A- L’existence de la légalité : l’élaboration d’un ordre juridique

Les règles de droit, à partir desquelles on peut soulever la question de la légalité, ne vivent pas dispersées. Elles se regroupent en institutions juridiques. Ces institutions s’ordonnent entre elles, se groupent, se hiérarchisent. Les multiples règles de droit, les institutions juridiques coordonnées entre elles suivant un enchainement logique, rationnel, forment une immense totalité qui est l’ordre juridique. Toutefois, l’ordre juridique ne se réduit exclusivement pas à une compilation de règles. Il est aussi une organisation impliquant des organes. On pense naturellement aux juridictions appelées à sanctionner les violations de la loi. L’ordre juridique s’appuie surtout sur une hiérarchie des normes. Cela signifie que les textes de loi obéissent à une certaine logique d’intervention. La norme supérieure qu’est la Constitution donne les orientations que doivent respecter les normes inférieures. La loi ne peut, à cet effet, aller à l’encontre de la Constitution ; de même un décret ne peut contredire une norme législative. Cette hiérarchisation assoie les bases de la légalité et lui assure une promotion qui n’est autre chose que la protection des droits des citoyens. L’inconstitutionnalité d’une loi est en ce sens une négation de la légalité. Mais il faut la présence d’un juge, acteur indispensable dans le contrôle de la légalité.

Le rôle du juge dans l’interprétation de la loi assure, en effet, la positivité de la légalité en ce sens que le contrôle de l’application de la règle juridique permet aux citoyens de mesurer avec rigueur le respect de la norme, de mieux comprendre ce qui est permis et ce qui ne l’est pas.

B- L’opérationnalité de la légalité : les manifestations et limites

La légalité dans ses manifestations tient compte des domaines dans lesquels elle est évoquée. De la simple légalité, on en arrive au principe de la légalité. Ce principe est un outil de travail très important dans le raisonnement de toutes les disciplines juridiques. Ainsi en droit pénal, le principe de la légalité est considéré comme la clé de voûte de tout le système judiciaire. Il est suivi du principe de l’interprétation stricte qui veut qu’un fait qui ne réunit pas les éléments constitutifs d’une infraction (matériel et moral), même s’il ressemble à celle-ci, ne soit pas retenu comme incrimination. C’est l’application de l’adage « nullum crimen, nulla poena sine lege »[5].

En droit administratif, tout acte, surtout administratif, doit préalablement avoir comme support juridique une disposition réglementaire dans l’ordre juridique préexistant. A titre de garantie élémentaire des administrés, le principe indique que l’administration ne peut agir qu’en conformité avec le droit dont la loi écrite n’est qu’un des éléments. Le principe de la légalité évite donc l’arbitraire dans la prise des décisions et assure la protection des droits des citoyens.

En droit fiscal, on remarque par ailleurs que ce qui s’impose, c’est la légalité des impôts. Le principe évoque, encore ici, l’idée selon laquelle tout impôt qu’il soit levé par une collectivité locale ou par l’Etat ne peut être créé que par une loi.

Mais il existe des tempéraments et des exceptions à la légalité. On retiendra quelques exemples notamment les actes de gouvernement, les circonstances exceptionnelles, le pouvoir discrétionnaire de l’administration.

Une autorité administrative dispose d’un pouvoir discrétionnaire quand elle a la faculté de choisir entre plusieurs décisions qui sont toutes conformes à la légalité.

En ce domaine, il ne s’agit véritablement pas d’une exception à la légalité car l’administration ne décide pas de manière arbitraire. En effet, tout acte administratif est soumis au respect des règles de compétence et au caractère général du but poursuivi.

La théorie des circonstances exceptionnelles par contre, traduit bien une dérogation. Cette théorie a été construite en France et est issue de la seconde guerre mondiale où l’administration française a dû prendre des décisions excédant ses pouvoirs normaux pour faire face à la situation du moment.

De même, les limites du pouvoir de police dont l’administration dispose ne sont pas les même en temps de guerre. Ces pouvoirs sont exorbitants et peuvent méconnaître le principe de la légalité.

Pour la mise en œuvre de cette théorie, on peut noter deux conditions :

1) la survenance brutale d’évènements graves mettant l’administration dans l’impossibilité d’agir dans le respect des règles normales.

2) La limitation de la dérogation à la durée des circonstances

Enfin les actes de gouvernement traduisent aussi une dérogation à la légalité. Il en est ainsi, par exemple, s’agissant des actes dans le cadre de la politique internationale (les rapports d’Etat à Etat, la ratification des accords, l’exercice du droit de protection diplomatique etc.).

Ces diverses dérogations n’entament pas la portée de la légalité qui reste un instrument de régulation sociale.

Deuxième partie : la légalité : un instrument de régulation sociale

La portée de la légalité, pour asseoir la paix sociale, est basée sur la rigueur de la loi : dura lex sed lex (dure est la loi, mais c’est la loi). Toutefois il faut s’interroger sur le contenu injuste ou juste de la loi qui doit être l’objet de respect d’où l’analyse du juridique de la loi.

A- La rigueur de la légalité : « la présomption légale de connaissance de la loi

La loi est souvent présentée dans sa genèse comme la réponse à l’expression d’un besoin d’un corps social et l’on pensait hier qu’en raison du caractère général et abstrait des lois, il fallait peu de lois mais des lois bien faites. Mais on observe depuis peu le phénomène inverse. Il y a « inflation législative », hypertrophie des lois, rédigées de plus en plus vite, au contenu de plus en plus spécifique pour satisfaire des besoins de plus en plus contingents. Les lois lorsqu’elles sont votées, promulguées et publiées deviennent obligatoires dans la société. La publication des textes est en principe une condition de leur opposabilité à l’égard de tous, sauf cas d’urgence. La connaissance de la loi est nécessaire à son opposabilité et cette connaissance est présumée du fait de sa publication. Tel est le sens de l’adage « nul n’est censé ignorer la loi – nemo censetur ignorare legem ». La présomption de connaissance de la loi renforce la légalité et c’est une nécessité de gouvernement. On présente en outre l’adage « nul n’est censé ignorer la loi » comme une présomption irréfragable de connaissance de la loi. Une présomption dont la preuve contraire n’est pas admise. La règle ainsi présentée à une double portée.

A l’égard du juge, la présomption de connaissance de la loi est très forte car il connait le droit d’où résulte pour le demandeur une dispense de preuve.

A l’égard du particulier, la règle doit revêtir la même force. Mais attention une présomption de connaissance effective qui pèserait sur l’universalité des habitants ne serait pas cohérente à un système de droit qui, en instituant des diplômes des professions juridiques, des administrations, paraît avoir réservé cette connaissance à quelques professionnels, quelques élus. A la vérité, l’homme quelconque est présumé en faute pour n’avoir pas consulté ceux qui savaient. L’adage selon Carbonnier devrait être lu : « chacun est censé avoir eu la possibilité de s’informer de la loi ».

En tout cas, il faut bien se rendre, à l’évidence, qu’il est impossible d’embrasser le droit moderne dans toute sa totalité. Ce qui rend quelque peu contestable la portée trop grande accordée à la présomption de connaissance de la loi dans nos Etats africains. A cela, il faut ajouter l’absence de publication régulière de la loi et l’illettrisme conjugué avec le langage juridique qui reste un langage ésotérique seul accessible aux initiés.

L’adage garde, en dépit de tout, sa rigueur sauf alors à considérer le tempérament prévu par la loi à travers l’erreur de droit. Le respect de la légalité ne se négocie pas est-on tenté d’affirmer. Mais il semble alors utile de s’accorder sur le juridique de la légalité.

L’adéquation de la légalité : le juridique de la règle

Que serait une légalité imposée, exigée et sanctionnée en cas d’écart si la règle de droit qui la sous-tend n’est ni équitable ni légitime ni juste ? Cette interrogation conduit à une recherche sur les fondements de la règle juridique que l’on pourrait retrouver en recourant à la philosophie du droit, la sociologie juridique.

Remarquons qu’une recherche d’égalité au sens de juste équilibre donne à la règle juridique une particularité qui ne se retrouve ni en morale ni en religion

Si le fondement du droit est la justice, on comprend alors qu’il ne faut pas obéir à une règle fût-elle du législateur qui soit injuste. Mais donner ce fondement exclusif aboutirait à une instabilité sociale. Que serait une société où chacun pourrait décider du caractère juste ou non des textes officiels dites juridiques qui sont ou ont été injustes (exemple de l’apartheid, du nazisme)

Il reste d’ailleurs des règles qui sont des règles qui sont totalement indifférentes au juste. Quelle justice peut-on induire de la conduite à droite ou à gauche ?

Par ailleurs, il existe des dispositions qui tendraient à dénier toute idée de justice au droit. La prescription qui dénie le droit d’ester en justice après l’écoulements du délai prévu par la loi n’a que faire de la justice lorsque le titulaire du droit d’agir n’a pas été diligent.

Mieux encore, le droit semble parfois radicalement opposé à la justice lorsque devant le juge les arguments procéduraux permettent d’exclure l’examen du bien fondé de la demande ou lorsque la solution du juge du fond est cassée pour manque de base légale

Le droit est souvent un instrument d’adéquation entre les intérêts et des impératifs opposés ayant pour finalité d’assurer la concorde.

Le fondement du droit se laisse difficilement percer parce que le droit recoupe, traverse, emprunte mille sentiers et en cela il ne peut expliquer en totalité la force ou la méconnaissance de la loi. Il faut retenir une seule chose sans règle de droit, la société quelle qu’elle soit est vouée à disparaitre en raison de l’anarchie et le chaos qui y régneraient. Les lois, les règles doivent être respectées, il y va de la concorde, de la solidarité et du développement de la nation. Mais une interrogation mérite un autre regard lorsque l’on examine le sort des règles juridiques dans la société africaine où règne la corruption, l’impunité. La vertu de la légalité doit sans doute être autrement recherchée.


[1] Gérard Cornu, vocabulaire juridique, édition PUF 2007, p. 538

[2] Dans un sens spécial au droit administratif, l’illégalité rejoint la méconnaissance d’une règle de droit constitutive de la légalité et s’imposant comme telle aux autorités administratives

[3] Gerard Cornu, op cit. p. 542

[4] Au sens de droit subjectif, les animaux n’en sont pas titulaires en dépit des actions menées par des associations pour leur protection. On comprendrait mal un chien ou un chat devenir héritier des biens d’une personne.

[5] Pas d’infraction sans un texte de loi

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vendredi 24 octobre 2008

HOMMAGE A MADAME BARBOZA NEE KABORE TIMPOKO FREDERIQUE

HOMMAGE A MADAME BARBOZA NEE KABORE TIMPOKO FREDERIQUE

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1. LA VEILLEE MORTUAIRE

Décédée le 19 Septembre 2008 au CHU de Treichville, Madame Barboza née Frédérique Timpoko Kaboré, a eu droit à des funérailles chrétiennes. Celles-ci ont débuté par la veillée mortuaire en sa mémoire, à l’UCAO-UUA, le vendredi 10 Octobre 2008 de 19h à 22h15. Après la prière d’ouverture et le mot de bienvenue, la chorale nous a gratifiés de très beaux cantiques. La méditation des mystères glorieux et la lecture des textes bibliques ont meublé notre méditation. Ont été lus un extrait du livre des Lamentations et un autre de l’épître aux Romains. Puis l’Evangile des Béatitudes a été acclamé et commenté par le P. Zacharie Béré. Le Maître des Cérémonies a insisté sur les vertus évangéliques de simplicité, de convivialité et d’endurance qui ont marqué la vie de Frédérique. Elle aimait apprendre et avait cette volonté et cette détermination qui lui ont permis d’obtenir son BTS en secrétariat en cours du soir. L’informatique n’avait plus aucun secret pour elle.

La veillée a aussi été ponctuée de témoignages de personnes qui ont bien connu Frédérique. Tour à tour, Mme Sana Mariam, les étudiants Bamba, les secrétaires, et l’employé de la reprographie, Michel, ont donné leurs témoignages. Frédérique a commencé à travailler à l’UCAO-UUA en 1989, en tant que stagiaire, proposée aux ventes de cassettes audio et vidéo à l’ISCOM au temps du P. Van der Mar qui est décédé, peu après et le centre a été fermé. Puis le P. Gaston Sanon l’a proposé comme secrétaire de la Faculté de Philosophie. Frédérique a protesté en lui disant qu’elle ne savait rien et qu’elle n’avait que le Brevet d’études du second cycle. Le P. Gaston lui a dit aussi que lui non plus n’en savait rien.

Elle est restée 20 ans dans ce département. Les étudiants l’appelaient « maman » ou « tantie » car elle était, pour les uns, une mère, pour les autres, une tante, une conseillère, une amie, une sœur. Elle nous quitte en nous laissant, un mari, Mr. Barboza Hyacinthe et un fils de 8 ans, Martial. Freddy que ton âme repose en paix et que ta joie communicative continue de nous habiter.

2. LA MESSE D’ENTERREMENT

Ce matin du Samedi 11 octobre 2008, nous nous sommes rendus à la Paroisse St Jean Marie Vianney de Vridi-Cité, où nous attendait déjà une foule compacte de proches parents et ‘amis de la défunte. Dès notre arrivée, le Père Tossou et moi, avons pris quelques moments de recueillement, à la chapelle devant le Très saint sacrement, tandis que la chorale nous gratifiait de beaux cantiques de son riche répertoire. La dépouille mortelle de Frédérique est arrivée à 8h30 précise et le cercueil laissait apparaître un visage amaigri, marqué par la souffrance et la douleur. Des sanglots fusaient çà et là, ainsi que des pleurs. De nombreux prêtres, des religieux et religieuses, des séminaristes et tout le personnel de l’UCAO-UUA prenaient place dans l’église. Une chapelle bien aérée et bien construite, qui avait fière allure, consacrée à St Jean Marie Vianney. Un baptistère splendide, avec un conduit d’eau montrait une cuve sur laquelle la Vierge Marie, source du salut trônait vers le ciel.

A 9h moins 10 minutes, le P. Gaston Sanon, arrivé fraîchement du Burkina Faso s’est incliné le premier sur le dépouille de Frédérique, puis a salué la famille qui jusque là était assise près du cercueil, hors de l’église. Puis les Pères AKE et TOSSOU sont venus à leur tour, effectuer le même rituel. La levée de corps a été faite par le Père AKE, de façon très classique : une salutation très brève, le chant des Profundis (Ps 139), puis un Pater et un Ave, avec une prière de conclusion. Puis l’entrée à l’église a pu se faire.

La messe a été présidée par le vicaire de la paroisse (un clarétain) étudiant à l’UCAO. 1 texte a été entendu, de l’épître aux Romains qui disait qu’aucun d’entre nous ne vivait pour soi-même, ni aucun ne mourait pour soi-même… Dans notre vie, comme dans notre mort nous appartenons au Seigneur. Car si le Christ a vaincu la mort, puis la vie, c’est pour devenir le Seigneur, et des morts et des vivants.

Le P. Brice Bini(O.P.) a donné l’homélie du jour, tiré du jugement dernier, de Mt 25. Il a axé son homélie sur la tragédie de la mort et son inéluctabilité. Pour lui, il y aura toujours des interrogations autour de la mort des êtres que nous aimons. Si beaucoup de bons et beaux témoignages ont été donnés sur Freddy, il faut intégrer cette mort, à ces témoignages. Freddy a beaucoup donné à l’UCAO : entrée dans cette institution en 1989 avec le niveau BEPC, elle s’est battue, avec cette volonté d’apprendre indéracinable, jusqu’à obtenir son BTS de secrétaire. Mais le Père n’a pas manqué de rappeler les engagements pris par les secrétaires au cours de la veillée, celui de demeurer une mère pour le jeune Martial, le fils de huit ans de la défunte. Le second engagement portait sur l’avenir de l’UCAO. Quelqu’un s’est laissé à dire à la veillée que l’UCAO ne serait plus comme avant, après la mort de Frédérique. Le P. nous a tous invités au dépassement pour porter haut le flambeau de l’UCAO, par notre endurance au travail et notre persévérance. Frédérique avait aussi beaucoup pleurer, a-t-il conclu, malgré toutes les témoignages sur sa jovialité.

Après l’offertoire et la consécration, puis la communion, ce fut au tour du P. Gaston Sanon de donner l’absoute. Dans son style propre à lui et son humour légendaire, il a dit que les mots ne lui manquaient pas, mais qu’ils l’étouffaient. Quand il sera rentré au Burkina, il dira tout simplement aux parents que Frédérique a pris sa retraite anticipée de l’UCAO. Le Père a par la même occasion remercié Freddy pour le travail accompli pendant ces longues années.

Finalement, le morceau de choix a été réservé au P. Raphaël TOSSOU, président de l’UCAO, qui devait enterrer sa fille. Il l’a fait, la gorge nouée par l’émotion et les larmes. Freddy repose désormais au cimetière de Vridi-Cité. Là où il y a quatre déjà, elle avait enseveli son fils aîné.

P. AKE Patrice Jean, en souvenir d’une grande amie.

lundi 6 octobre 2008

LES ATTENTES DES CATHOLIQUES FRANCAIS

En France, des catholiques insistent sur l’urgence pour tous de « revenir à la source » de l’Écriture, sans négliger l’étude du texte
I
ls ne seront pas au Synode des évêques, mais observeront ses travaux avec attention. Exégè­tes, formateurs, animateurs de groupes bibliques, ils énoncent volontiers ce qu’ils aimeraient voir mis en valeur dans les échanges des évêques sur «la Parole de Dieu ». D’abord, la place centrale de l’Écriture dans la vie de l’Église. « J’aimerais que le Synode insiste sur la dimension biblique de toute la pastorale , avance le P.Gérard Billon, théologien et responsable du service biblique catholique « Évangile et vie ». Il ne suffit pas de créer des groupes bibliques un peu partout, mais il faut que l’Écriture irrigue toute la vie de l’Église.»
Myriam Callet, responsable de la formation biblique pour le diocèse de Saint-Étienne, insiste sur la for­mation des ministres. « Il faut que le Synode redise la nécessité d’une formation à l’homélie pour les prê­tres et les diacres » , souligne-t-elle. Françoise Larroque, responsable d’un groupe biblique œcuméni­que depuis cinquante ans dans le diocèse de Saint-Denis, va dans le même sens : « Les pasteurs protes­tants sont beaucoup mieux formés et, du coup, il faut reconnaître que les protestants connaissent mieux la Bible que nous, catholiques. » Autre attente : la revalorisation de l’étude de la Bible, dont le texte est souvent déconcertant, et la culture dont il témoigne lointaine. «Beaucoup de lecteurs ont des difficultés avec l’Ancien Testament, le visage d’un Dieu violent et les textes immoraux qu’on y trouve », témoigne Myriam
Callet, qui souligne aussi le risque que le texte biblique soit « utilisé » pour « justifier des positions ».
« Pour certains catholiques, le fon­damentalisme est rassurant
, cons­tate-t-elle. Ils aimeraient pouvoir se passer d’un travail sur le texte, et prier tout de suite, parfois avant même de l’avoir lu ! »
Où en est-on aujourd’hui dans la lecture de la Bible, au sein de l’Église de France ? Après la remise en valeur de l’Écriture par le con­cile Vatican II, les communautés catholiques sont passées par trois phases. Dans les années1960 et 1970, d’abord, le boom des grou­pes bibliques, d’emblée œcuméni­ques, qui ont cherché à vulgariser une approche critique et scientifi­que du texte biblique. Deuxième étape, dans les années 1990, avec le développement des « Écoles de la Parole » et des groupes de « lectio divina », visant à promouvoir une connaissance plus intérieure des Écritures, proposant un itinéraire pour passer de la connaissance du texte à la reconnaissance de la Parole de Dieu. Aujourd’hui, les communautés sont entrées dans une nouvelle phase, caractérisée par la multiplication des initiatives visant à promouvoir une lecture suivie de l’Écriture, notamment dans le cadre des « Années de la Parole ». Un mouvement qu’il faut encourager, selon le P. Gérard Billon : « C’est une approche moins technique que l’approche historico­critique, et moins “spiritualiste” – au mauvais sens du terme – que les dé­rives auxquelles expose une mau­vaise compréhension de la “lectio divina”. » Il y a pour lui aujourd’hui une nécessité : celle d’insister sur l’importance du texte, tel qu’il est, en prenant le temps de l’observer et de l’étudier à plusieurs.
Soutenir la soif de l’Écriture, Sœur Élisabeth, moniale domi­ nicaine, aimerait voir figurer cet objectif au rang des priorités du Synode. Cette soif, elle la cons­tate à chaque rencontre du groupe biblique qu’elle anime au monas­tère Saint-Dominique de Dax. Les membres de ce groupe se situent
« à des niveaux très divers dans la vie de l’Église et la connaissance du texte »
, mais ils se donnent tous « la peine d’un travail en profondeur » , souligne-t-elle, admirative. « Dans cette rencontre avec l’Écriture, ils découvrent avec un certain émerveillement leurs racines. Je le vois à la manière dont leur regard s’intériorise. Ils sont concentrés, ten­dus vers un “plus grand”, un “plus profond”. » Pour la religieuse, il est essentiel que le Synode vienne ren­contrer cette soif. « Le Synode serait un échec s’il restait au niveau des petites recettes , prévient-elle. J’ai envie d’un souffle adressé à tous, pas seulement aux évêques ou au monde ecclésiastique, qu’on s’élève un peu, qu’on approfondisse. Que le Synode essaie de transmettre un message fort : que la Parole est fondamentale et qu’elle est source de vie. »
S’il y a une soif à ne pas dé­cevoir, il s’en faut de beaucoup qu’elle soit largement partagée. Le concile Vatican II avait pour­tant ardemment souhaité que les fidèles, « pareillement » aux clercs, bénéficient de la lecture directe de la Bible et d’une familiarité avec le texte des Écritures. « Il faut le redire et le redire , insiste Sœur Élisabeth.
Trop souvent encore la Parole reste celle de la messe, découpée par petites tranches, dans des lectures que beaucoup ne comprennent pas.» «Il y a encore nécessité de pousser l’ensemble des chrétiens à se saisir de la Parole »
, confirme le P. Jean-Pierre Lémonon, exégète, qui attend du Synode « qu’il libère vraiment la Parole de Dieu, alors que trop de chrétiens ont peur de se tromper, peur que la parole qu’ils pourraient dire sur l’Écriture ne soit pas pleinement orthodoxe ».
Cette « source » que constitue l’Écriture, le P. Gérard Billon aime­rait la voir placée à sa « juste place »,
alors que certaines communautés doivent désormais se passer de cé­lébrations eucharistiques, faute de prêtres disponibles. « Dans notre monde, où les communautés chré­tiennes ont moins la possibilité de s’abreuver à l’Eucharistie, il faut redire que la foi peut s’abreuver à la Parole de Dieu et que les commu­nautés peuvent se nourrir du pain de la Parole » , plaide-t-il. « Il faut remettre la Parole de Dieu au cen­tre des communautés chrétiennes,
insiste également le P. Jean-Pierre Lémonon. En nous rappelant que la Parole elle-même est sacrement, le signe de la présence de Dieu parmi nous. » Pour tous, enfin, le Synode ne devra pas se payer pas de mots. « C’est l’occasion pour les évêques de montrer qu’eux-mêmes se nourris­sent de ce dont ils parlent » , souligne le P. Gérard Billon, qui rappelle l’insistance du concile Vatican II :
« Nul ne peut annoncer à l’extérieur ce dont il n’est pas nourri à l’inté­rieur. »
Sœur Élisabeth va dans le même sens: «Nos évêques sont surchargés par des tâches diverses, il faut que le goût de la Parole soit revivifié en eux. »

LES HOMMES CLEFS DU SYNODE

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Benoît XVI, inspirateur d’un thème qui lui est cher
Le premier Synode du pape, sur l’Eucharistie en octobre 2005, avait été programmé par son prédécesseur. Cette fois, il a lui-même choisi le thème de la Parole, auquel il accorde une grande importance, persuadé, comme il l’a dit à Paris, que «la recherche de Dieu requiert intrinsèquement une culture de la Parole » . Dans son livre sur Jésus, Benoît XVI explicite ce qu’il pense être une juste méthode de compréhen­sion des Écritures. Le pape assistera aux débats dans les limites de son propre agenda. Lors du précédent Synode, il était notamment présent pour l’heure de discussions libres. Il avait aussi donné quelques méditations. Il pourra en outre s’exprimer au cours de plusieurs célébrations : messes d’ouverture et de clôture…
Cardinal Marc Ouellet, l’artisan des premières synthèses

Ce fidèle de Benoît XVI est chargé des deux rap­ports importants qui marquent la première partie de ce Synode. Dès lundi, l’archevêque de Québec présentera la « relatio ante disceptationem », qui devrait donner les grands thèmes de discussion et que les pères synodaux ont dans leurs dossiers depuis un mois. Surtout, il lui revient de proposer la synthèse des débats de la première partie du Synode, et d’indiquer les points sur lesquels il lui semble opportun de discuter dans les groupes de travail ( « relatio post disceptationem » ). Ce théo­logien, spécialiste de l’œcuménisme pour avoir été secrétaire du Conseil pontifical de l’unité des chrétiens (2000-2002), pourrait aussi insister sur la perte de la culture biblique dans nos sociétés modernes. Dans un Canada très sécularisé, il s’est beaucoup impliqué contre la loi sur l’en­seignement des religions qui met sur le même plan toutes les religions.
Mgr Laurent Monsengwo, un Africain secrétaire spécial

Pour la première fois, le secrétaire spécial du Synode, qui a un rôle important pour la rédac­tion des propositions, est un Africain. C’est faire justice à ce continent, qui représente désor­mais 15 % des catholiques du monde. Bibliste, Mgr Monsengwo est particulièrement sensible au thème de l’inculturation de la Parole de Dieu. L’archevêque de Kinshasa (République démocratique du Congo) devrait aussi mettre l’accent sur ses implications pastorales pour l’Église, lui-même étant très attentif aux réa­lités sociales de son pays et ayant joué un rôle important dans le processus de paix, après la chute de Mobutu.
Patriarche Bartholomeos I
er de Constantinople, une prime à l’œcuménisme et à l’Orient
Même Canon des Écritures, même relation à la Tradition : s’il est un sujet que catholiques et orthodoxes ont en commun, c’est bien la Bi­ble. Rien d’étonnant à ce qu’un représentant orthodoxe soit donc invité à s’exprimer devant le Synode. Il s’agit là du premier d’entre eux : le patriarche œcuménique Bartholomeos I
er de Constantinople, qui bénéficie d’une primauté d’honneur au sein de l’orthodoxie. C’est le signe de l’ouverture œcuménique de ce Synode et, par là, d’un pontificat qui a fait de la relation à l’Orient une de ses priorités.
Le rabbin Shear-Yashuv Cohen, rappel de l’ancrage juif de la Bible

Issu d’une famille où, depuis 18 générations, on est rabbin de père en fils, le grand rabbin de Haïfa peut réciter pratiquement toute la Torah. Coprésident de la Commission pour le dialogue entre Israël et le Vatican, c’est un habitué du dialogue interreligieux, y compris avec les musulmans. L’invitation à venir s’ex­primer aujourd’hui devant les pères synodaux – la première fois pour un non-chrétien – re­présente tout un symbole. C’est le signe, dans la suite du document de la commission ponti­ficale biblique de 2001 « Le peuple juif et leurs Écritures sacrées dans la Bible chrétienne », que la compréhension chrétienne de la Parole de Dieu ne peut faire l’impasse sur son ancrage dans le peuple juif.

BENOIT XVI DIT L'URGENCE DE L'ANNONCE DE LA PAROLE

Synode des évêques
La Parole de Dieu

En ouvrant hier à Rome le Synode des évêques, le pape a vigoureusement mis en garde une culture moderne qui pense pouvoir se passer de la Parole de Dieu

ROME

Synode1

S
i d’aucuns doutaient de l’in­térêt du thème choisi pour ce Synode, la Parole de Dieu, Benoît XVI s’est chargé de le leur rappeler vigoureusement, hier, lors de la messe d’ouverture en la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs. Dans une homélie aux accents sé­vères, qui n’était pas sans rappeler celle du cardinal Ratzinger avant l’ouverture du conclave, le pape a repris ce cri de saint Paul : « Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évan­gile!» Annoncer l’Évangile et la Parole de Dieu est plus que jamais urgent, a-t-il martelé. Pour ce pape européen qui a une attention parti­culière à la place de la Parole dans la culture, les « peuples qui ont reçu l’annonce de l’Évangile » doivent se sentir particulièrement interpel­lés. Le pape a rappelé le déclin des premières communautés chrétien­nes, qui, florissantes alors, « ont aujourd’hui disparu et ne sont plus que dans les livres d’histoire » … Pour les vieux pays chrétiens, « ne pour­rait-il pas advenir de même à notre époque ?, s’inquiète Benoît XVI.
Des nations, un temps riches de foi et de vocations, perdent désormais leur identité propre, sous l’influence délétère et destructrice d’une certaine culture moderne.»
Et le pape ne craint pas, devant les 253 pères synodaux, d’évoquer même le « châtiment » divin, auquel Dieu a « souvent dû recourir » devant « la froideur et la rébellion de chrétiens incohérents ».
Rarement Benoît XVI, qui s’expri­mait dans la basilique même où, il y a cinquante ans, Jean XXIII a lancé le concile Vatican II, aura été aussi dur sur notre société qui a « éliminé Dieu de son propre horizon ». Une société où ne règnent que «l’arbitraire du pouvoir, les intérêts égoïstes, l’injus­tice et l’exploitation, la violence dans chacune de ses expressions». Faut-il pour autant désespérer ? Non, répond Benoît XVI qui, de manière là encore assez étonnante, semble indiquer que l’avenir du christianisme est ailleurs qu’en Europe. « Si dans cer­taines régions la foi s’affaiblit jusqu’à s’éteindre, il y aura toujours d’autres peuples prêts à l’accueillir. »
Où les pensées de Benoît XVIse dirigent-elles ? Peut-être vers l’Afri­que : le secrétaire spécial du Synode n’est-il pas pour la première fois un évêque de ce continent ? Ou encore vers l’Asie, bien représentée, même si, cette fois encore, il n’a pas été pos­sible de faire venir des évêques de Chine continentale. Mais sans doute pense-t-il d’abord à l’Église d’Europe qu’il veut, avant que les discussions ne commencent, alerter.
C’est bien là la manière de ce pape qui, ennemi du politiquement correct, ne craint pas d’employer la manière dure pour mieux marquer son propos. « Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le cœur de l’homme, et il est alors important que chaque croyant et chaque com­munauté entrent dans une intimité toujours plus grande avec elle» , souligne-t-il alors, expliquant par là le choix du thème de cette XII
e assemblée du Synode.
«Il faut que l’Église fasse vraiment de la Parole le socle de toute sa vie»
, insiste d’ailleurs, à la sortie de la basilique Saint-Paul-hors­les-Murs, Mgr Emmanuel Lafont, évêque de Cayenne (Guyane), l’un des quatre délégués de la Conférence des évêques de France. «Mais pour cela , continue-t-il, il faut qu’elle cesse d’avoir peur de la donner largement autour d’elle. » Peur ? « On craint tel­lement que les gens se trompent en la lisant! On n’a pas suffisamment confiance dans la puissance de cette Parole! Il faut que les prêtres aient constamment cette Parole à la main, à la bouche, qu’ils en donnent le goût. » « Impulser dans l’Église une lecture “goûteuse” de la Bible» , c’est aussi ce que Mgr Francis Deniau, évêque de Nevers, attend de ce Synode. « Une Parole qui ne soit pas seulement un objet d’étude ou d’his­toire , explique-t-il. Il faut étudier la Parole, mais cette étude doit permettre de l’accueillir pour nous aujourd’hui. »
Selon lui, c’est l’un des objectifs des évêques français qui, à l’occasion de leur réflexion sur la catéchèse, souhaitent justement remettre au goût du jour la lectio divina. Une expérience parmi d’autres, que les évêques français partageront aux pères synodaux qui débuteront leurs travaux dans la salle du Synode de l’aula Paul-VI, au Vatican.